"C'était pas un bébé Destop": à la barre des témoins, le cri de colère des parents de Lisa

Lyon (AFP) - Ils veulent que le procès reste celui du "monstre" qui a tué leur fille, pas en faire celui des crèches privées: les parents de Lisa, empoisonnée en 2022 à Lyon, ont laissé entendre leur souffrance et une colère sourde, mercredi devant la cour d'assises du Rhône.
"Moi je veux parler de la monstruosité.Je veux parler d'un monstre".La voix s'élève dans l'immense salle du palais de justice.C'est celle de la mère de Lisa.Appelée à la barre des témoins, elle parle d'un trait.On sent l'émotion, mais aussi la colère, qui monte.
"C'était pas un bébé Destop", s'insurge-t-elle.
"Ce n'est pas le bébé assassiné dans une crèche.C'était une fille, une petite fille, une nièce, une cousine...", une fillette "qui riait tout le temps".
En 2022, à quelques jours de son premier anniversaire, Lisa a succombé à de graves brûlures parce que l'employée de la crèche où elle était gardée lui a fait ingérer un produit caustique.
Sa mère, très affectée depuis l'ouverture mardi du procès de cette employée, se tient droite.Elle s'offusque du qualificatif de "souffrance" associée à l'accusée, Myriam Jaouen, lors de l'évocation de ses conditions de vie en prison.
"La souffrance c'est d'aller dire au revoir à son enfant sur un lit d'hôpital.C'est choisir un cercueil tout petit pour son tout petit bébé", rétorque-t-elle.
- "Mauvais sujet" -
La mère de Lisa dit ne rien attendre de Myriam Jaouen, qu'elle souhaite voir condamnée "et qu'elle ne sorte pas".
"Prenez votre responsabilité", lui lance-t-elle par deux fois en la fixant du regard.Sur le banc des accusés, la jeune femme qui encourt la réclusion à perpétuité, garde les yeux baissés.
"On est là pour débattre d'un acte monstrueux, commis par un monstre.Parler des crèches c'est un mauvais sujet, l'accusée elle est ici", s'exclame encore la mère de Lisa.
La mort de la petite fille avait suscité la sidération et enclenché une série d'enquêtes qui ont jeté une lumière crue sur les failles des crèches privées.
Deux associations de protection de l'enfance se sont portées parties civiles au procès.Même si la responsabilité du groupe People & Baby qui gérait la micro-crèche où s'est jouée cette tragédie n'est pas engagée, son ancienne directrice a été questionnée avec vigueur mercredi par leurs avocats.
Sous le feu de questions, elle a reconnu avoir commis une "erreur de recrutement", en embauchant une jeune femme avec peu d'expérience qui s'est vite montré "mal à l'aise" avec les bébés et impatiente.
- "Pas confiance" -
Le 22 juin 2022, Myriam Jaouen est pourtant seule à l'ouverture de la micro-crèche quand le père de Lisa est venue déposer la fillette.
Appelé lui aussi à la barre des témoins, il s'exprime avec un fort accent italien, sa langue maternelle.
"Elle l'a laissée au sol agoniser seule.Elle a menti.Elle a dissimulé les preuves", s'étrangle-t-il en parlant de Myriam Jaouen.Il dit qu'il n'avait "pas confiance" en cette employée qui ne répondait jamais que par "oui, non, je sais pas".
Quand il est parti juste avant 8H00, sa fille "ne pleurait pas"."Je n'aurais pas laissé ma fille comme ça", assure-t-il.
Quelques minutes plus tard, deux femmes venues déposer leur fils ont trouvé l'employée en panique, et l'enfant en train de vomir.La fillette est décédée en fin de matinée à l'hôpital où elle avait été transportée.
L'accusée a reconnu avoir administré le produit mais nie avoir voulu donné la mort.Au cours de l'enquête, elle a expliqué avoir été exaspéré par les pleurs de l'enfant.Elle doit être entendue sur les faits par la cour mercredi après-midi.
Le verdict est prévu jeudi.