Dans l'usine KNDS de Bourges, "on pousse les murs" pour produire toujours plus de canons Caesar

Bourges (AFP) - Dernière canonnerie de France, l'usine KNDS de Bourges a triplé sa production du célèbre canon Caesar depuis le début de la guerre en Ukraine et se prépare à encore accélérer ses cadences, pour répondre à un nouvel afflux de commandes.
Dans cet immense atelier, aux règles de confidentialité draconiennes et aux sas de sécurité réguliers, sont usinés les canons de neuf mètres de long qui vont équiper les Caesar, dont 90% de la production part en Ukraine.
Ici, "on est en plein dans l'économie de guerre" voulue par le gouvernement, pour le groupe franco-allemand (ex-Nexter), qui ambitionne d'intensifier ses profonds "efforts" déjà opérés depuis le début du conflit ukrainien.
"On croyait tous que les conflits du XXIe se régleraient à coups de drones ou de missiles, mais ce n'est pas le cas", a expliqué le directeur général de KNDS Nicolas Chamussy, lors de la visite mi-mars du Premier ministre François Bayrou, soulignant "un savoir-faire français" pour répondre aux besoins nationaux et internationaux.
L'usine KNDS de Bourges et ses 200 salariés produisent du moyen calibre de 30 mm destiné aux avions de combat Rafale ou du gros calibre de 120 mm des chars Leclerc, mais ce sont les productions de canons Caesar qui représentent l'essentiel de son activité.
Le Caesar, livré en une soixantaine d'exemplaires en Ukraine et décrit comme "un des canons les moins détruits sur le front" par un responsable, peut tirer six obus en moins d'une minute, à 40km avec "une précision de l'ordre d'un demi-terrain de football".
- Stocks -
Au détour des dédales de l'usine, les longs cylindres sont partout, déplacés avec une précision d'orfèvre, en sortant d'imposantes machines-outils.
Fin mars, une nouvelle machine à plusieurs millions d'euros de dernière génération a par exemple été lancée pour participer à "toutes les phases d'usinage" du canon.
Les cadences, largement augmentées, ont permis d'assembler six Caesar par mois, contre deux en moyenne avant 2022, sur le site de Roanne.En 2025, huit pourront sortir d'usine "si les commandes le nécessitent".
A Bourges, 201 tubes de gros calibres ont été produits en 2024, une augmentation de 50% par rapport à 2022, avec un objectif nouveau de "constituer des stocks", selon le groupe leader de l'artillerie en Europe.
"On pousse les murs" en "même temps qu'on augmente les cadences", pointe un porte-parole de l'entreprise, selon qui "l'usine n'est pas la même d'une semaine sur l'autre", tant les travaux d'aménagements sont importants et les choix stratégiques nombreux.
45 nouveaux employés ont été recrutés dans la canonnerie et 600 millions d'euros ont été investis par l'entreprise depuis 2022.
Sur l'autre site de KNDS, détenu à 50% par l'Etat français et à 50% par un fonds familial allemand, situé à une dizaine de kilomètres de là, même anticipation: on y prépare les obus de 155 mm destinés aux Caesar et la production a, ici aussi, été doublée.
- "Fierté -
"L'effort de guerre, on connaît", explique Stéphane S., le responsable de l'atelier."On a doublé la capacité de production en deux ans, on est passés de 30.000 à 60.000 obus par an".
Il assure qu'on peut "encore faire monter la production", indiquant que les plages de travail, en "3x8", ont été étendues au samedi.
A la manœuvre, parfois de jeunes opérateurs, comme Elodie, 27 ans, ancienne intérimaire dans la vente, qui décrit "sa fierté de pouvoir servir concrètement à la défense de son pays".
Un peu plus loin, Samuel, 26 ans, a vu la cadence s'accélérer."On nous demande beaucoup plus" et "les carnets de commandes sont pleins".
"Mais c'est très rassurant pour nous de savoir qu'on aura du travail sur le long terme et aucune difficulté à payer nos factures", conclut-il.
"Maintenant, les proches posent aussi moins de questions sur ce qu'on fait, ils comprennent".
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