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Le Pen: Bayrou "troublé" sème le trouble

Le Pen: Bayrou "troublé" sème le trouble
Publié le , mis à jour le

Paris (AFP) - "Troublé" par l'application immédiate de la peine de cinq ans d'inéligibilité prononcée contre Marine Le Pen, François Bayrou a suscité l'émoi y compris dans son propre camp, interrogeant la relation singulière que le Premier ministre entretient avec son opposante d'extrême droite.

Le Premier ministre a été "troublé par l'énoncé du jugement" à l'encontre de la cheffe de file du Rassemblement national, a rapporté lundi son entourage. Puis il a estimé au petit-déjeuner de ses soutiens mardi n'avoir pas vu de législation "plus dure" en Europe que l'exécution provisoire, qui rend immédiate l'inéligibilité, selon plusieurs participants, avant de faire part devant les députés de ses "interrogations".

Marine Le Pen a elle-même repris le terme.Elle a laissé entendre dans Le Parisien que c'est le "trouble" suscité selon elle par son jugement qui a conduit la justice à organiser rapidement un procès en appel, dont la décision serait rendue à l'été 2026.

Mais les troupes du MoDem ne semblent pas sur la même ligne que leur chef, qui apparaît isolé dans le camp présidentiel.

"Nous, nous ne sommes pas troublés" et "nous n'avons rien à dire sur cette décision de justice", a affirmé mardi Perrine Goulet porte-parole du groupe MoDem à l'Assemblée, rappelant que l'exécution provisoire "c'est la loi" et que les députés sont libres de la modifier.

- "Accusation injuste" -

"Je ne suis jamais troublé par la démocratie", a abondé l'allié et chef de file des députés macronistes Gabriel Attal, en mettant en garde contre le "sentiment" d'un "monde politique qui se regarde le nombril". 

Dans une forme de recadrage général, Emmanuel Macron a "rappelé" en Conseil des ministres mercredi que la justice prenait ses décisions en toute "indépendance" et qu'il fallait la "respecter".

Faisant fi de la séparation des pouvoirs judiciaire et exécutif, le Premier ministre a souvent commenté le procès de son opposante, comparable au sien, pour détournement de fonds publics en rémunérant, par des fonds européens, des assistants parlementaires accusés de travailler en réalité pour le parti.

Ces procès sont fondés sur "une accusation injuste", avait-il estimé fin janvier sur LCI, considérant "très dérangeant" d'être jugé sans possibilité d'appel sur l'exécution provisoire.

Lui-même a été relaxé l'an dernier en première instance dans le dossier concernant le MoDem mais son parti a été lourdement condamné et le parquet a fait appel, ce qui lui vaudra un deuxième procès.

Il s'agit d'une affaire sensible pour François Bayrou, qui considère qu'elle a "joué" dans le décès de son bras droit Marielle de Sarnez, mise en examen elle aussi, et emportée par une leucémie en janvier 2021.

- "Se taire" -

Ses propos rappellent sa défense jugée maladroite sur les violences physiques et sexuelles au collège-lycée de Bétharram de Pau, où ont été scolarisés certains de ses enfants, une séquence qui le touche là aussi personnellement.

"Sur ces affaires-là, il faut toujours se taire" parce que la réaction "ne sera jamais la bonne", recommande une ministre.

Elle écarte la possibilité, en contestant le jugement, de "courtiser les électeurs RN" car ils sont "déjà convaincus que nous avons tenu la main de la juge"."A l'inverse si on se réjouit, on accrédite l'idée d'un jugement politique".

En outre, commenter une décision de justice "entache l'idée qu'on a de l'État de droit, de la justice" et risque de réduire "la confiance que les Français ont dans les institutions", prévient-elle.

Cet épisode semble s'inscrire dans le pas de deux entre François Bayrou et Marine Le Pen, pourtant adversaires politiques.

Ils partagent une histoire et des propositions communes comme la proportionnelle et la création d'une "banque de la démocratie" destinée à financer la vie politique.M. Bayrou a même participé au parrainage de Mme Le Pen au nom de la "démocratie" pour qu'elle puisse se présenter à la présidentielle de 2022.

Depuis qu'il est arrivé rue de Varenne, il a aussi mis les formes avec la leader de l'extrême droite et obtenu sa bienveillance.

Un député Renaissance y voit une "volonté de se préserver d'une censure éventuelle" du RN.Mais prévient: "c'est un mauvais calcul" car "le RN ne pense qu'à son intérêt politique" et a fini par renverser Michel Barnier.

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