"Les jeux sont faits!": Au Club Barrière, des joueurs heureux de retrouver "l'adrénaline du jeu"
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Paris (AFP) - "Retrouver l'adrénaline du jeu": à l'image de Samuel Richard, ils étaient une vingtaine à attendre sur les Champs-Elysées ce vendredi à 13H00 la réouverture du club Barrière, pour pouvoir rejouer au poker, blackjack et autres jeux après deux mois de fermeture forcée des clubs parisiens.
L'étudiant de 20 ans, habitué des lieux, raconte à l'AFP être "tout excité" de "retrouver cette ambiance magnifique au niveau des Champs-Élysées"."Ça m'avait manqué!", lance-t-il.
Accueillis par une pluie de cotillons dorés, les premiers clients ont pris place derrière l'une des vingt-deux tables du club, qui a pu rouvrir comme les six autres établissements de ce genre (détenus notamment par les groupes Partouche, Tranchant ou le belge Circus) expérimentés depuis sept ans à Paris.
Le 31 décembre, faute de cadre législatif avec la censure du gouvernement Barnier, le club avait dû fermer ses portes jusqu'à la publication jeudi du décret prolongeant leur autorisation jusqu'à fin 2027.
"On a su qu'on allait pouvoir rouvrir jeudi matin, c'était un délai très court mais on avait commencé à préparer les équipes et tout était prêt", indique Christine Bonneau, la directrice de l'établissement.
L'établissement et ses 175 employés accueillent en temps normal 400 clients par jour.
- "Pas les mêmes jeux" -
"J'espère retrouver les clients.C'est toujours un peu dur car certains ont dû faire de la route pour aller jouer dans des casinos et d'autres se sont tournés vers les parties clandestines", déplore la directrice, sous la lumière tamisée d'une salle aux murs recouverts de (faux) lingots d'or.
Pendant la fermeture, Samuel Richard, qui habite en Seine-Saint-Denis à Gournay-sur-Marne, est allé quelquefois au casino d'Enghien-les-bains, seul casino autorisé par la loi dans un rayon de 100 km autour de Paris.
"Mais ce ne sont pas les mêmes jeux, pas la même ambiance", souligne-t-il."Aujourd'hui, j'ai joué 100 euros et j'ai tout perdu", admet le jeune homme.
En ce début d'après-midi, l'établissement se remplit doucement: quelques touristes, des habitués, en grande majorité des hommes.Beaucoup sont jeunes, attirés par une offre promotionnelle.
A l'instar de Jérémie Bichon, 24 ans, et son frère Hugo, 25 ans : "On est venus pour la promotion.Les clubs c'est bien pour les jeux de table, c'est plus +chill+ (détendu, NDLR) que les casinos".
Pour Jérémie, la fermeture était "un mal pour un bien: il faut faire attention au vice du jeu.C'est mon frère qui garde ma carte bleue quand je viens".
Blackjack, punto banco, sic bo, poker...Les tables de jeux s'étalent au premier étage du bel immeuble à l'entrée discrète, juste en face du célèbre restaurant Fouquet's, également propriété du groupe Barrière.
Les prospectus appelant à faire attention au "jeu excessif" sont placés stratégiquement à l'entrée et à la caisse.
- "Soulagé" -
"Les jeux sont faits.Faites vos jeux!", les croupiers reprennent eux du service après deux mois de chômage partiel.
"Aujourd'hui, je suis soulagé avant tout, de voir que le club reprend enfin vie, que tout se passe bien.J'ai qu'un seul espoir, c'est que tout revienne et qu'on oublie ces deux derniers mois", raconte à l'AFP Jean Foyer, sous-chef de table.
"Ces deux derniers mois, je me suis beaucoup renseigné sur la politique du pays pour voir si le budget passait", détaille-t-il.
La réouverture des clubs et la reprise des 1.500 personnes qu'ils font travailler dépendait du vote du budget de l'Etat.
"On est tranquille jusqu'en 2027.C'est toujours quelque chose de pris, mais c'est vrai qu'on espérait plus.On espérait que ce soit davantage pérennisé" glisse-t-il.
C'est aussi ce que souhaite Christine Bonneau : "pour les salariés, psychologiquement, savoir qu'on repart sur une expérimentation, c'est toujours inconfortable", plaide-t-elle.
Sans parler du manque à gagner pour le groupe.La fermeture a coûté cher : "on a dû payer 36% des salaires, le loyer, on a pu suspendre certains contrats mais bon....", indique-t-elle sans vouloir préciser de montant.
S'y ajoute l'annulation du tournoi European Poker Tour, prévu en février et pour lequel 1.500 personnes étaient attendues.