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Procès des viols de Mazan: la défense plaide pour des accusés venus plusieurs fois

Procès des viols de Mazan: la défense plaide pour des accusés venus plusieurs fois
Publié le , mis à jour le

Avignon (AFP) - Appelés mercredi à défendre des hommes accusés d'être venus jusqu'à six fois à Mazan pour violer Gisèle Pelicot, des avocats ont pointé le rôle manipulateur du "loup" Dominique Pelicot, invoquant le passé parfois traumatique de leurs clients pour expliquer leur passage à l'acte.

Désormais ex-mari de Gisèle, Dominique Pelicot, accusé de l'avoir droguée pour la violer et la livrer à des dizaines d'inconnus recrutés via Internet pendant une dizaine d'années, reste la plupart du temps impassible, la tête appuyée sur sa main, quand les avocats dénoncent "l'ogre", "le loup", "le metteur en scène pervers" ou "le manipulateur".

Sur le banc des parties civiles, Gisèle Pelicot, de retour après une journée d'absence, écoute avec attention.Parfois un geste traduit son agacement ou son indignation à l'écoute d'un argument.

Tout en louant son "courage", "son intelligence" ou "la dignité" de son combat contre les violences faites aux femmes, les avocats de la défense ont pris soin de rappeler, comme Me Emile-Henri Biscarrat, qu'on ne doit pas "juger un fait divers comme un fait de société", ni attendre "un verdict exemplaire".

Premier à s'exprimer mercredi matin, l'avocat a regretté que des confrères de la défense aient pu être invectivés ou les noms de leurs clients dévoilés publiquement, dans cette affaire au retentissement international.

"Il y a besoin de recul dans ce dossier", pour juger les cinquante hommes recrutés par Dominique Pelicot, a insisté Me Henri Amr.

Me Biscarrat s'exprimait au nom de Dominique D., 45 ans, chauffeur routier qui a reconnu, lors du procès, être venu à six reprises à Mazan entre 2016 et 2020, en sachant que la victime était endormie et donc non consentante.Contre cet homme, un des dix venus à plusieurs reprises, l'accusation a requis une des peines les plus lourdes, 17 ans de réclusion criminelle.

"Dix-sept ans requis contre Dominique D. ! Vous avez même oublié qu'il avait reconnu à la barre ! Ces 17 ans, ils ne passent pas !", s'est insurgé l'avocat, rappelant que dans ce dossier il n'y a "pas d'images pédopornographiques", comme celles retrouvées chez d'autres coaccusés contre qui les réquisitions sont moindres.

"Je n'ai pas pu comprendre dans le dossier que monsieur D. ait soumis chimiquement quiconque", comme l'a fait Dominique Pelicot, contre qui l'accusation a requis 20 ans de réclusion, a-t-il ajouté.

- "Loup" -

"Les experts ont souligné aux audiences que Dominique Pelicot sait manipuler", poursuit Me Biscarrat, nommant ce dernier "le loup": "Dans tout ce qu'il a fait, ce n'est pas ça qui va absoudre monsieur D., mais il y a ce conditionnement", estime l'avocat, demandant à la cour d'alléger la peine requise contre son client.

Outre la jurisprudence des peines pour viols, moins élevées selon lui, il rappelle l'abandon de Dominique D., quand il avait six mois, les pulsions sexuelles qui ont pu selon lui le rendre moins "vigilant", mais aussi son engagement dans l'armée pour des opérations extérieures, et le travail effectué en prison "pour s'amender". 

"Ce passé-là, ce vécu-là, je vous demande de le prendre en compte", lance-t-il à la cour, qui doit rendre son verdict le 20 décembre.

Prenant sa suite, M. Henri Amr, évoque lui la "misère affective, sociale et sexuelle" de son client, Redouane A., 40 ans, "psychotique", souffrant de "retard mental" dès l'enfance, qui cherche à combler cette misère en allant sur des sites de rencontres où "la chair cherche la chair".

Contrairement à Dominique D., Redouane A. n'admet pas avoir violé la victime, rappelle l'avocat, évoquant à son tour la "manipulation" de Dominique Pelicot, qui invite cet homme dans sa "maison de notable" en lui faisant croire que sa femme est consentante. 

"Oui, cet homme saturé d'images pornographiques a pu le croire", "il va le croire et il est revenu une deuxième fois", soutient l'avocat, demandant l'acquittement face aux 12 ans de réclusion requis.

Dans son réquisitoire, l'accusation avait dénoncé comme "d'un autre âge" la théorie du consentement "par procuration", qui serait donné par le mari. 

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