Qu’est-ce que le tritium, l’élément radioactif dans l’eau potable de 16 millions de Français ?

L'eau potable de plus de 2300 communes est contaminée par le tritium, selon une enquête partagée entre Mediapart et la Criirad. Cette situation est souvent minimisée. Ce phénomène vous inquiète-t-il ?
Tl;dr
- Une enquête met en lumière une contamination au tritium de l’eau potable dans plus de 2 300 communes françaises.
- Le tritium, isotope radioactif de l’hydrogène, est présent naturellement mais aussi de manière artificielle suite aux essais nucléaires.
- Les zones les plus touchées se situent à proximité des installations nucléaires, notamment dans la Vienne et la Loire.
L’eau potable : un supplément radioactif invisible ?
Un constat inquiétant a été révélé par une récente enquête réalisée par Mediapart et la Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité). Plus de 2300 communes françaises subissent une contamination de leur eau potable par du tritium, un élément radioactif. Ce problème, largement méconnu du public, concerne plus de 16 millions de Français.
Le tritium : un isotope radioactif de l’hydrogène
Le tritium, un isotope radioactif de l’hydrogène, se présente à l’état naturel sous forme gazeuse. Cependant, il existe aussi sous une forme artificielle suite aux essais nucléaires. Il est donc omniprésent dans l’environnement, notamment dans l’eau, où sa présence est mesurée en becquerels par litre (Bq/l). Le seuil du bruit de fond est fixé à 2 Bq/l.
L’ombre des installations nucléaires
Selon l’enquête, la présence de tritium dépasse ce seuil du bruit de fond dans plus de 2 300 communes. Les communes concernées se situent principalement à proximité de sites nucléaires tels que les centrales ou les centres de traitement de déchets radioactifs. Le tritium est notamment présent en quantité significative dans les rejets effluents radioactifs des centrales.
Les zones les plus touchées
Les zones les plus affectées sont situées en aval de Civaux dans la Vienne, et le long de la Loire. Les communes alimentées par l’eau de la Seine en Île-de-France sont également concernées. Plus surprenant, le tritium a été détecté dans 77 communes de Côte-d’Or, où se trouve le centre CEA de Valduc, principal rejetant de tritium en France par voie atmosphérique.
Malgré ce constat alarmant, le tritium dans l’eau est encore largement sous-estimé. Les techniques de mesure sont souvent trop grossières, certains seuils réglementaires sont jugés trop laxistes et de nombreuses communes n’ont pas de résultats d’analyse de tritium sur la période étudiée (2016-2024).
Si le risque pour la santé humaine reste sujet à débat, cette contamination s’ajoute aux autres pollutions chimiques que nous connaissons déjà. Il est donc crucial de prendre en compte ce phénomène et d’intensifier les recherches et les contrôles pour garantir la sécurité de l’eau potable.