Royaume-Uni et France prolongent un accord contre les migrations clandestines

Le Touquet (France) (AFP) - Le ministre français de l'Intérieur Bruno Retailleau et son homologue britannique Yvette Cooper ont annoncé jeudi avoir prolongé d'un an un traité permettant à Londres de financer une partie des opérations françaises destinées à empêcher les traversées clandestines meurtrières dans la Manche.
Alors qu'il avait évoqué en novembre la possibilité d'un "bras de fer", M. Retailleau a adopté jeudi un ton beaucoup plus conciliant, se félicitant des efforts de Londres contre l'immigration illégale.
"Nos discussions sont un peu âpres dès qu'il s'agit d'argent", a-t-il reconnu lors d'une conférence de presse commune au Touquet (Pas-de-Calais), après la visite d'équipements et unités de sécurité cofinancés dans le cadre de ce traité.
Mais il a aussitôt ajouté: "Nous sommes d'accord sur les objectifs et nous parvenons toujours au final à nous entendre".
Les deux ministres ont annoncé s'être accordés pour prolonger le traité de Sandhurst jusqu'en 2027, par un avenant à l'accord triennal 2023-2026.
Dans le cadre de ce traité signé en 2018, Londres finance une partie des actions menées par la France pour sécuriser la frontière, car c'est sur le sol français que se déroulent les contrôles des personnes en partance pour le Royaume-Uni.
Cette prolongation permettra de financer des projets non achevés mi-2026 pour un montant de 25 millions d'euros, des fonds déjà programmés mais qui pourront ainsi être utilisés notamment pour construire un centre de rétention administrative à Dunkerque (Nord), a indiqué le ministère français.
"Nous avons contrôlé le travail et les investissements effectués dans le cadre de l'accord de Sandhurst", afin d'assurer qu'ils sont "utilisés le plus efficacement possible" a déclaré Mme Cooper, ajoutant que son gouvernement versera in fine "les mêmes fonds que ceux prévus".
Londres s'est engagé à verser "541 millions d'euros entre 2023/2024 et 2025/2026", selon un rapport parlementaire britannique de décembre 2024.
- casernes -
Alors que les tensions semblaient s'être ravivées autour des questions migratoires qui empoisonnent de longue date les relations entre Londres et Paris, M. Retailleau a salué "des mesures très innovantes" de Londres pour diminuer son "attractivité" pour les migrants.
"Nous avons augmenté substantiellement" les expulsions mais aussi multiplié "les opérations contre le travail illégal" y compris en utilisant "des kits biométriques" pour identifier les travailleurs étrangers, a expliqué Mme Cooper.
Les deux ministres sont partis tôt jeudi matin du Touquet pour survoler le littoral.Ils ont visité un barrage installé sur un cours d'eau pour empêcher les embarcations clandestines de rejoindre la mer, ou encore la gendarmerie d'Etaples-sur-Mer, équipée de drones et caméras thermiques.
Parmi les autres projets devant être cofinancés d'ici 2027, figurent des casernes pour les CRS déployés en renfort ou encore des formations pour les opérateurs de drones.
En contrepartie des fonds britanniques, Paris s'est engagé à augmenter le taux d'interception d'embarcations destinées à traverser la Manche et réduire "notablement" le nombre de traversées.
Les traversées qui avaient atteint un record en 2022, quand plus de 45.000 personnes étaient parvenues à rejoindre le Royaume-Uni, ont chuté en 2023 avant de repartir à la hausse avec quelque 36.800 arrivées en 2024, soit 25% de plus que l'année précédente.
M. Retailleau a également plaidé jeudi pour un "changement de doctrine" permettant aux forces françaises d'intercepter des bateaux même quand ils sont déjà à l'eau, pour contrer la nouvelle tactique des "taxis-boats", qui arrivent par la mer pour embarquer des migrants directement dans l'eau, en évitant les contrôles sur les plages.
Face au durcissement sécuritaire, passeurs et candidats à l'exil prennent des risques accrus, déplorent des associations de soutien aux migrants et des experts.Au moins 78 personnes sont mortes en tentant de rallier l'Angleterre par la mer en 2024, un record.
Depuis un sommet bilatéral à Paris en 2023 entre le président Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique de l'époque, la coopération semblait à l'arrêt.Un nouveau gouvernement travailliste a été élu en juillet 2024, tandis que la France a changé trois fois de Premier ministre l'an dernier.
Le gouvernement travailliste a promis de réduire l'immigration.Mais face aux pénuries récurrentes de main-d'oeuvre dans l'agriculture, il a annoncé mardi la prolongation pour cinq ans des assouplissements permettant le recours aux travailleurs saisonniers agricoles étrangers.