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Chuchoteurs d'images: un vent d'inclusivité au musée de la Croix-Rouge

Chuchoteurs d'images: un vent d'inclusivité au musée de la Croix-Rouge
Publié le , mis à jour le

Genève (AFP) - "Ce sont nos yeux", dit Karin, privée de la vue depuis l'âge de 15 ans par la maladie.Eux, ce sont les "souffleurs d'images" au musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge à Genève.

Depuis la fin de l'année dernière, le musée fait appel à ces chuchoteurs d'images pour favoriser l'inclusion des personnes en situation de handicap visuel. 

En ce dernier dimanche de mars, quatre personnes ont fait la visite avec leur "souffleur", qu'ils découvrent en arrivant.

A la fin du parcours, les partenaires d'un jour font le point. 

Grand sourire, Karin, une femme d'âge mûr qui ne souhaite pas donner son nom de famille, félicite sa chuchoteuse, Alice Baronnet, également porte-parole du musée: "C'était chouette, une jolie expérience, une jolie rencontre."

"C'est très important pour nous d'être le plus inclusif possible", assure cette dernière en retour.

Pendant la visite, chaque groupe se déplace selon ses envies.

En entrant dans une salle sombre aux murs noirs, Waltraud Quiblier, enseignante à la retraite qui a perdu la vue graduellement, écoute sa chuchoteuse, Cécile Crassier Mokdad, guide de métier, qui la tient délicatement par le bras.

A la gauche, raconte cette dernière, "il y a une grande sculpture qui représente le fondateur de la Croix-Rouge, Henry Dunant, assis à son bureau, sur un plan incliné...la sculpture est toute blanche.C'est assez réaliste".

Un peu plus loin, elles palpent un pied blanc géant de près de 3 mètres de haut, sous lequel défilent des photos représentant des horreurs de guerre, dont Hiroshima et la Première Guerre mondiale.

"Il faut dire ce qu'on voit, pour laisser la place de l'interprétation à la personne soufflée", explique Cécile Crassier Mokdad.

-  "Mieux ressentir les artistes" -

Une dizaine d'institutions culturelles en Suisse bénéficient pour l'instant du service de souffleurs d'images mis en place par le musée de la Croix-Rouge.

Un peu moins d'une trentaine de souffleurs - des spécialistes et étudiants en art, des guides ou des artistes - ont été formés en octobre, dans le cadre du programme.

Marie-Fabienne Aymon, historienne de l'art, a de suite été intéressée."En dehors de la relation humaine, personnellement c'est le rapport entre les mots et le visible qui m'intéresse.De faire l'expérience de traduire le mieux possible ce que je vois à quelqu'un qui ne voit pas au moyen des mots", explique-t-elle, dans la salle réunissant les millions de fiches nominatives des prisonniers de guerre pour la période 1914-1923.

Dimanche, c'était sa deuxième expérience en tant que souffleuse.Elle ne cache pas son émotion en parcourant la salle regroupant des objets réalisés à partir de matériaux rudimentaires par des prisonniers de guerre puis offerts à des délégués du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). 

"Ce sont des choses très belles, très émouvantes", glisse-t-elle à son binôme en lui signalant notamment une petite "moto très colorée faite en Indonésie en 2007 avec les moyens du bord, de vieux paquets de cigarettes colorés" ou encore "un serpent fait de perles, assemblées par des prisonniers de guerre turcs en 1919".

Les quatre "soufflés" sont ravis.

"S'il n'y avait pas eu les chuchoteurs, je ne pense pas que je serais venu.Cela nous permet de mieux nous projeter dans le musée, surtout de mieux ressentir les artistes", reconnaît Olivier Mamini, qui a parcouru l'exposition temporaire sur les liens entre le son et l'action humanitaire.

"Je fais pas mal de sport" mais "grâce aux chuchoteurs, je vais faire plus de musées en hiver qu'auparavant", assure-t-il.

A l'opposé, ce qui se passe aux Etats-Unis, où Donald Trump, depuis son retour à la Maison Blanche, tente de démanteler les programmes d'inclusion en faveur des minorités dans tous les secteurs de la société américaine, va "à l'encontre des intentions" du musée de la Croix-Rouge, a affirmé à l'AFP un des souffleurs, Pierre-Antoine Possa, responsable de la participation culturelle.

Au-delà du milieu éducatif ou de l'administration, l'offensive américaine contre les programmes de diversité, d'équité et d'inclusion (DEI) s'est étendue aux entreprises privées, y compris étrangères.

Pierre-Antoine Possa "espère que les grandes entreprises qui ont décidé de supprimer leur politique d'inclusion" vont effectuer "un revirement, parce que ce n'est pas comme ça qu'on fait avancer le monde".

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