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Syrie: à Alep, la joie des retrouvailles après l'offensive des rebelles

Syrie: à Alep, la joie des retrouvailles après l'offensive des rebelles
Publié le , mis à jour le

Alep (Syrie) (AFP) - Bahria Bakour a pu serrer dans ses bras son fils Mohammed pour la première fois depuis huit ans à Alep, deuxième ville de Syrie tombée aux mains des rebelles après leur offensive dans le nord du pays.

En 2016, le régime syrien avait repris le contrôle des quartiers orientaux d'Alep tenus par la rébellion, au prix d'un long siège et de sanglants combats.

Mohammed Jomaa, 25 ans, père de quatre enfants, comptait alors parmi les dizaines de milliers d'habitants et combattants qui avaient fui la ville.

"Je ne m'attendais pas à ce que cela arrive.J'ai cru que je mourrais avant de le voir", confie sa mère émue aux larmes, au milieu d'une pièce tristounette aux murs de ciment.

"Je comptais les minutes et les heures pour le voir", raconte sa mère, 43 ans, lui tenant les mains et les embrassant sans cesse: "Dieu merci, je l'ai vu.C'est comme si le monde entier me souriait".

Après avoir fui Alep, son fils s'était installé à Afrine sous contrôle de la rébellion, à seulement une quarantaine de kilomètres de la maison familiale.

"Nous savions que nous ne pouvions pas rester à Alep car nous étions étiquetés comme terroristes.Nous avons été pris au piège et avons quitté Alep", raconte le jeune homme, veste militaire sur le dos, keffieh rouge et blanc autour de la tête.

Il a pu retourner dans la ville à la faveur d'une offensive éclair lancée la semaine dernière par des groupes rebelles menés par des islamistes radicaux.

"C'est une joie indescriptible (...), je n'arrive toujours pas à croire que je suis de retour à Alep", se félicite Mohammed Jomaa.

Dans certains quartiers de la ville, les rues sont calmes et les habitants sont inquiets, craignant que la situation ne se détériore.Les Nations Unies ont indiqué mercredi que 115.000 personnes avaient été "à nouveau déplacées à travers Idleb et le nord d'Alep" en raison des combats.

L'émissaire de l'ONU, Geir Pedersen, a déclaré que les derniers développements avaient provoqué "des réactions différentes au sein du peuple syrien, une grave menace pour certains, un signe d'espoir pour d'autres", appelant à la protection des civils.

 - "Le plus beau moment" -

Pour Mohammed Jomaa, la joie des retrouvailles est ternie par l'absence de son père, qui, selon lui, a été arrêté par les forces du régime après la prise de contrôle de la ville en 2016."Je souhaite seulement que mon père revienne (...), nous ne savons rien de lui".

Devant la maison, des parents et des voisins sont venus le féliciter pour son retour, avant que la discussion ne s'engage sur les développements du jour.

Après avoir pris le contrôle d'une importante partie d'Alep, les factions rebelles ont lancé une attaque sur la ville stratégique de Hama, plus au sud, où le régime a envoyé des renforts.

Il y a sept ans, Ahmed Orabi, 35 ans, a fui lui aussi Alep, sa ville natale, pour la province d'Idleb avec sa femme et sa fille Acil.

Mais la violence des frappes aériennes sur la région, où vivent actuellement plus de cinq millions de personnes, dont beaucoup ont été déplacées d'autres provinces, a poussé sa femme à retourner avec son enfant auprès de sa famille à Alep. 

Le militant de l'opposition ne pensait pas rester éloigné de sa ville et de sa fille aussi longtemps."Revenir était comme un rêve", dit-il.

"Lorsque les combats ont commencé, je n'ai pas attendu.Je voulais voir ma fille (...), j'ai décidé de partir vers elle, mais la route n'était pas entièrement dégagée", ajoute-t-il.

Une fois arrivé au quartier, "je l'ai appelé par son nom" et "quand je l'ai vue, c'était le plus beau moment", dit-il. 

Aujourd'hui, Ahmed Orabi regrette les années passées loin de sa petite famille: "Je n'ai pas connu les sentiments de la paternité, je n'ai pas pu la serrer dans mes bras et l'embrasser". 

Dans un parc public d'Alep, Orabi tente de rattraper le temps perdu.Il y a emmené sa fille tout sourire, vêtements colorés et sac de paille sur le dos.Au menu: balançoire, toboggan, photos et câlins.

Pour lui, "ce sont les moments les plus heureux pour un père". 

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